EMBROUILLES : expérience de navigation en eaux troubles

(Création en cours)

La disparition, est-ce un processus? Est-ce que ca dure, la disparition? Est-ce qu’on peut être un peu moins disparu ou un peu plus disparu? Quand le corps cesse-t-il d’être le corps de celui qu’on cherche, pour devenir un corps tout court? Ou alors disparaître signifie-t-il changer de substance, d’état, devenir quelqu’un ou quelque chose d’autres[1]?

Après avoir situé nos actions artistiques essentiellement en milieux extérieurs, nous souhaitons à présent nous engager dans une création pouvant s’infiltrer et s’exfiltrer du plateau et des corps qui l’habitent et l’observent. Un objet à part, que l’on traverse et qui nous traverse, que l’on regarde et qui nous regarde. Poreux comme une éponge. Une création hybride, entre performance et installation, à l’intersection entre sciences, arts plastiques et chorégraphiques, et utilisant textes, dessins, vidéo, son et présences dansées comme autant de propositions de points de vues,  d’écoutes, de chutes.

Dans EMBROUILLES, il sera question de corps qui tombent à la même vitesse, d’espèces disparues,  d’espèces à venir, d’espèces pionnières, de champignons, d’ADN, de supernova, de mort et de résurgence(s). Nous nous poserons un certain nombre de questions : Qu’est-ce que chuter dans un monde où il n’y a plus de sol[2]? Une chute peut elle être libre et libératrice ? Apprendre à chuter peut-il être une manière de prendre soin et de continuer à vivre ensemble sur cette terre ? Quel apprentissage est impliqué dans l’art de la chute ? La fragmentation peut-elle être une opportunité individuelle et collective ? La contamination peut-elle être une sorte de collaboration[3] ? Quelle différence entre résister, persister et insister ? Combien de temps est-ce que cela prend de remarquer une disparition? Peut-on être attenti.f.ve.s à ce que nous ne percevons plus ? Qu’est ce que nous permet le fait de se désintégrer ? Qu’est ce qu’une disparition peut laisser apparaître ? Quelles pertes permettent d’ouvrir d’autres registres de vie et de relation ?[4] Qui tombe sur qui ? Comment faire importer les ombres qui nous environnent ? Où commence l’acte de guérison ? De quoi pouvons-nous nous rendre mutuellement capable ?

Qu’est ce qui fait qu’un potentiel devient réel ?

Bien que nous jouons avec les notions de chute, d’effondrement, de fonte, de morts et de résurgences, notre enjeu, dans EMBROUILLES, n’est pas tant de proposer un scénario post-apocalyptique, que de s’inspirer de l’histoire plus qu’humaine, ainsi que de connaissances scientifiques actuelles sur ce que Bruno Latour appelle « la zone critique », en géochimie, géophysique, géologie, biologie,  pour nous laisser fabuler sur la multiplicité des potentiels et de possibles.

[1] Aliona Glouckova, Dans l’eau je suis chez moi, ed. Verticales, 2018

[2] « imagine you’re falling but there is no ground », Hito Steyerl, In Free fall : A Thought Experiment on Vertical Perspective

[3]. Cf Anna Tsing, Le Champignon de la fin du monde, sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, ed. La Découverte, 2017

[4]. Achille Membe, in Citton Y.  et Rasmi J., Générations Collapsaunautes… ed. du Seuil, 2020


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